Sceau de Misraïm

BREVE HISTORIQUE

DU RITE DE MEMPHIS-MISRAÏM ...

 

Pour saisir les grandes lignes de l'histoire du rite, nous allons tenter d'en dégager les étapes les plus significatives.

 Nous situerons la première période à la fin du 18ème siècle. A cette époque là, est-il besoin de le rappeler, il n'existait qu'une « organisation maçonnique », celle du Grand Orient de France structurée en tant que telle en 1773. Peu à peu les Loges bleues travaillèrent, quoique avec de nombreuses variantes, au Régulateur du Maçon de 1801, déjà fixé dès 1785. Il s'agit du rite français. C'est dans cette période que le Grand Orient de France se dote d'un système de Hauts Grades correspondant au Rite Français. Suivent la naissance du Régime Ecossais Rectifié en 1778 et du Rite Ecossais Ancien Accepté en 1804, qui sont également reconnus par l'Obédience.

Puis un certain nombre de loges vont développer sous diverses influences ou filiations spiritualistes, kabbalistiques, ésotéristes, etc. des systèmes de Grades originaux qui s'inspireront de tel ou tel courant venant parfois de traditions plus anciennes. C'est le cas évidemment des courants égyptiens.

Plusieurs Rites ou Ordres ont donc existés à la fin du 18° siècle et faisant très vraisemblablement suite à divers courants mystiques non maçons beaucoup plus anciens. C'est le cas par exemple en 1767 des Architectes africains, en 1780 du Rite primitif des philadelphes, en 1785 du Rite des parfaits initiés d'Egypte, en 1801 de l'Ordre sacré des Sophisiens et en 1806 des Amis du désert. Ces Rites, connus pour quelques uns, s'inspiraient de ce que l'on appelait à cette époque la tradition égyptienne, mais qui était une association de traditions du Moyen Orient, telles qu'elles étaient comprises à travers les textes et études alors connues. C'est le cas par exemple du « Séthos » de l'Abbé Jean Terrasson (1731), « l'Oedipus aegyptianicus » d'Athanase Kircher (1652) et du « Monde primitif » de Court de Gébelin (1773). La Kabbale judéo-chrétienne, l'hermétisme néo-platonicien, l'ésotérisme, les traditions chevaleresques et autres trouvaient là une source naturelle d'expression. Toutes ces influences sont à prendre en compte, lorsque l'on souhaite comprendre l'état d'esprit des Obédiences Egyptiennes et les enjeux qui s'y développeront dans les siècles qui suivirent.

 La seconde période, débuta au début du 19° siècle, siècle qui se conclu par l'apparition de nouvelles formes obédientielles, les deux plus importantes étant le Droit Humain (1892) et la Grande Loge de France (1894). Misraïm, très minoritaire certes, avait déjà anticipé ce mouvement en se constituant comme Puissance Suprême dès 1815.

 De 1810 à 1813, les frères Bédarride développèrent le rite de Misraïm en France. Sans entrer dans les détails encore controversés de l'origine de leur transmission et des chartes dont ils furent les dépositaires, il semble que leur système ait convaincu divers maçons, dont Thory et le Comte Muraire, qui les mirent en relation avec d'autres maçons du monde écossais. Quelques Loges furent créées. Mais divers problèmes de détournement des fonds de la part des frères Bédarride poussèrent de nombreux frères à se retirer et à fonder une nouvelle Puissance Suprême égyptienne qui demandera en 1816 et sans succès à être admise au sein du Grand Consistoire du Grand Orient de France. Le rite de Misraïm poursuivra son histoire avec des hauts et des bas jusqu'en 1822, date à laquelle il est interdit. En 1831 après quelques années de clandestinité, le rite obtint le droit de se reconstituer, mais seules 4 Loges parisiennes y parvinrent. (L'Arc en ciel, Les Pyramides, Le Buisson ardent, Le Conseil des angles) En 1848, les Loges ne s'étaient pas encore réellement développées.

 Quant au rite de Memphis, il naquit peu avant 1838, sous l'influence de Jean Étienne Marconis de Nègre (1795-1868). Comme pour le rite de Misraïm, son origine est incertaine.  L'autorité de Marconis pourrait lui venir de son père par l'intermédiaire d'une Grande Loge du rite de Memphis qui aurait tenu ses travaux de 1815 à 1816. Son père aurait également été Grand Maître du rite de Misraïm, mais c'est tout de même fort peu probable. Quoi qu'il en soit J.E. Marconis de Nègre, expulsé de Misraïm, fonda en 1838 l'Ordre de Memphis dont il devint le Grand Maître et Grand Hiérophante. En 1841, sur la dénonciation des frères Bédarride, le rite de Memphis fut interdit en France sous l'accusation d'afficher des sympathies républicaines. En 1862, répondant à l'appel du Maréchal Magnan, Grand Maître du Grand Orient de France, pour l'unité de l'Ordre Maçonnique en France, Marconis proposa la réunion de son rite à l'Obédience, ce qui fut fait la même année : les Loges qui composaient l'Obédience se réunirent au Grand Orient de France qui en devint par la même occasion, le dépositaire. Marconis de Nègre abdiqua alors de sa charge de Grand Hiérophante. On sait peu que les descendantes de certaines de ces Loges existent encore, comme celle qui devint les Inséparables du progrès. Le rite de Memphis resta toujours présent au Grand Orient de France et le Grand Collège des Rites compta toujours une section Memphis et Misraïm reposant sur un « Gardien du rite » 33°. Elle prit ensuite la forme d'une Commission des Rites de Memphis et Misraïm élue parmi les membres du Suprême Conseil, conservant ainsi les droits du Grand Orient de France sur cet héritage des Rites Egyptiens.

Nous n'entrerons pas dans les nombreuses et complexes ramifications à l'étranger de ces deux rites, mais sachons simplement qu'ils donnèrent naissance à de nombreux rameaux qui pour certains se perpétueront jusqu'à aujourd'hui.

 Entre les années 1848 et 1862, le rite de Misraïm traversa une crise. Michel Bédarride ayant un comportement très contestable à plusieurs reprises (entre autres sur le plan financier), de nombreux frères quittèrent l'Obédience et ne pouvant créer une autre structure, entrèrent au Grand Orient de France où ils ouvrirent entre autre, la Loge Jérusalem des Vallées Egyptiennes.

En 1858, Murat fit savoir que les frères de Misraïm ne pouvaient être reçus en visite dans les Loges du Grand Orient de France. M. Bédarride transmit avant sa mort la charge de diriger l'Ordre à Hayère auquel succèderont le Docteur Girault et Osselin qui, face à de multiples problèmes, fermera cette Grande Loge Misraïmite en 1899.

 Tandis que le rite de Memphis était intégré au sein du Grand Collège des Rites du Grand Orient, le Souverain Sanctuaire de Memphis aux USA reçut une reconnaissance officielle du Grand Orient de France et prit le nom de « Rite Ancien et Primitif de la Maçonnerie ». Sous la Grande Maîtrise de Seymour, de nombreuses loges furent ouvertes aux USA, mais également partout dans le monde. En 1872, Seymour établit un Souverain Sanctuaire pour la Grande-Bretagne et l'Irlande avec John Yarker comme Grand Maître. En 1881, Yarker reçut une charte du rite réformé de Misraïm de Pessina en échange d'une charte de Memphis, au moment où le Général Garibaldi était nommé Grand Hiérophante des deux rites. On peut dater la fusion officielle de ces deux rites par cet échange de chartes et la caution morale de Garibaldi. G. Galtier remarque dans son ouvrage qu'il s'agit toutefois plus d'une modification de Memphis, qu'une réelle fusion des deux. Les situations quant à la Grande Hiérophanie dans le monde n'étant pas claires, Yarker devint de fait, à la mort de Garibaldi, Grand Hiérophante Général.

 Le Docteur Gérard Encausse (dit Papus), fondateur de l'Ordre martiniste, farouchement opposé au Grand Orient de France, était cependant intéressé par la tradition ésotérique maçonnique. Il fut invité comme conférencier à la Grande Loge Misraïmite. Il y demanda peu après son admission, mais sans succès. Il fut également refusé à la Grande Loge De France à la suite d'oppositions de frères de cette Obédience. Malgré cela, il obtint une patente de John Yarker, Grand Hiérophante anglais du rite de Memphis, qui lui permit d'ouvrir la Loge INRI au rite Swedenborgien. En 1906, une nouvelle charte de Yarker l'autorisa à devenir Grande Loge. En 1908 le Grand Maître Théodore Reuss permit à Papus et Teder d'ouvrir la Loge Humanidad qui devint la Loge Mère pour l'antique et primitif Rite Oriental de Memphis-Misraïm en France, remplaçant la Grande Loge swedenborgienne.

De 1908 à 1916, Papus restera le Grand Maître du Souverain Grand Conseil Général du Rite de Memphis-Misraïm pour la France, suivit de 1916 à 1918 par Téder. Se succéderont, Jean Bricaud (1918 à 1934) et C. Chevillon, jusqu'au 25 mars 1944 date de son assassinat par la milice.

En février 1945, Henri-Charles Dupont prit régulièrement la direction de l'Ordre jusqu'à sa mort en 1960. Il laissa peu de temps avant cette dernière la direction de l'Ordre à Robert Ambelain. Ce dernier, devenu Souverain Grand Maître Général, rétablit le rite de Memphis-Misraïm en juin 1963. Ayant également reçu divers grades et patentes de Georges Bogé de Lagrèze, R. Ambelain tenta longuement de recréer une union de la maçonnerie égyptienne au niveau mondial, sans toutefois y parvenir.

Notons qu'en 1981, il érigea en Grande Loge, la Loge féminine de Paris le Delta. Totalement indépendante dès le début, elle fut reconnue définitivement comme Grande Loge Féminine de Memphis-Misraïm en octobre 1984. La sour Julienne Bleier fut nommée Grande Maîtresse Internationale et Grande Maîtresse pour la France. A noter que ces sours (reconnaissables à leur robe blanche) constituent la seule Obédience Egyptienne avec laquelle le Grand Orient de France possède une convention de reconnaissance officielle.

R. Ambelain transmit le 1er janvier 1985 sa charge de Grand Maître à vie à Gérard Kloppel.

L'histoire de Memphis Misraïm entra alors dans une période mouvementée, en grande partie due à la superposition de systèmes et d'équivalences internes (Maçonnerie de Memphis-Misraïm, Martinisme, Gnosticisme, Elus-Cohens, Chevalerie, etc.). La confusion faite entre ces différents systèmes, très perceptible dans certains grades, l'établissement d'une hiérophanie souveraine, associée à une direction à vie rendirent très instables la structure de l'Ordre. Nous ne développerons pas ici les nombreuses scissions à l'initiative de frères titulaires de Hauts Grades, remarquons simplement qu'elles conduisirent le rite à être de plus en plus incompris et rejeté par les obédiences principales. En effet, et à peu près depuis que la pratique du rite s'était éteinte dans le Grand Orient de France, Memphis-Misraïm était devenue dans la conscience de la plupart des maçons non un rite, mais une obédience. Les problèmes rencontrés par les groupes maçonniques travaillant à ce rite, rendirent suspect non seulement ces structures mais par identification, le rite lui-même. Or l'historique que nous venons de retracer montre son intérêt, sa richesse initiatique, ésotérique et symbolique.

 Les prémisses de l'éclatement de la Grande Loge de Memphis Misraïm eurent lieu à partir de 1995. Après la création d'une « Voie » égyptienne mixte, intervint en 1997 le projet de modification de la structure de l'obédience. Des scissions toujours plus nombreuses apparurent jusqu'en 1999 où un petit nombre de Loges se rapprochèrent du Grand Orient de France, tant par affinités personnelles que philosophiques. En 1999 se concrétisa l'intégration de ces ateliers, ainsi que le réveil de la patente du rite égyptien détenue par le Grand Orient depuis 1862, offrant ainsi un pôle de stabilité au Rite et de maintenir ainsi vivant un des constituants historiques de la franc-maçonnerie universelle.

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